• Petite lettre pour Charlie...

    Petite lettre pour Charlie...

     

    Nous nous sommes entendus dire quelque chose qui ressemblait fort à un reproche ou, tout du moins, à une demande de justification quant à la minute de silence que nous n'avons pas faite avec les enfants suite aux événements tragiques du sept janvier de cette année...

     

    Même si je n'ai pas la volonté de chercher des excuses quelconques, ni de parler au nom de mes collègues, je ne peux m'empêcher de glisser ici ces quelques mots.

     

    Tout d'abord parce que les mots sont très importants dans de telles circonstances, parce qu'elles nous réapprennent à les utiliser à bon escient, à ne pas les gaspiller, à trouver les plus justes.

     

    En étant à peu près sûr de ne pas me tromper, avec les autres enseignants de l'école, je crois que nous n'avons pas eu besoin de nous concerter tant cela a d'abord été une douleur individuelle profonde. En tout cas, elle l'a été pour moi. Pour des tas de raisons : ma génération, ma vie, ma conception de l'existence...

     

    La question qui s'est posée a été ensuite : une minute de silence est-elle la réponse la plus appropriée ? J'ai pensé que non. Inadaptée. Le silence s'est imposé à tous, dans nos cœurs, dans nos esprits, lorsque nous avons compris ce qui était visé, lorsque les enfants ont compris ce qui s'était passé, lorsqu'ils ont saisi l'absurde démesure de la barbarie.

     

    Car il ne faut pas sous estimer vos enfants : ils savent parfaitement cerner l'essentiel, ils ont encore en eux ce discernement simple et touchant que nous avons par trop tendance, nous adultes, à oublier. Je suis persuadé que c'est votre chance, notre chance... Notre responsabilité d'adultes est de ne pas la gâcher. Nous n'avons pas le droit de choisir à leur place.

     

    Ils ignorent les différences de couleurs de peau, de religions, ils ignorent le mépris et sont curieux de tout.

     

    Pour ma part, la laïcité, c'est apprendre ce que sont les autres, tous les autres, faire entrer le monde dans son propre univers et apporter à chacun la certitude qu'aucune idée n'a plus de valeur qu'une autre, que nous sommes tous des êtres humains. Et la haine n'est pas une idée, c'est tout le contraire. Elle doit être contrée, tout comme l'ignorance qui l'accompagne toujours.

     

    Nous sommes tous responsables de notre propre ignorance...

     

    Aussi, après ces grands mots, qu'avons-nous fait en classe ? Eh ! Bien ! Plutôt que nous taire, nous avons parlé. Même si, je dois dire que, pour moi, il a fallu retenir l'émotion. Nous avons parlé de choses simples, de ce qui nous fait rire, rêver, ce qui nous aide à vivre, des copains, de ceux que l'on aime... Ils ont appris que leur maître aussi a été jeune (si, si !), que ces gens disparus qu'ils ne connaissaient pas avaient été ses compagnons de route, qu'il avait grandi avec, même s'il ne les avait pas fréquentés personnellement.

     

    Et nous n'avons pas oublié tous les enfants qui meurent pour les mêmes raisons obscures de par le monde...

     

    J'espère également, qu'ils auront appris que si l'on ne sait pas rire de soi-même, on ne grandit jamais.

     

     

     

    Stéphane Foullounoux

    Petite lettre pour Charlie...

     

    « Départ de Me Gouinla galette »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 22 Janvier 2015 à 20:15

    Complètement d'accord avec votre vision des choses. La liberté d'expression doit continuer, le rire est essentiel, c'est vraiment dommage que tout le monde n'en soit pas conscient.

    Athée ou pas, aucune religion accepte cette barbarie.

    Mme Blai

    2
    aubertpsmsgs
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 10:59

    Monsieur Foullounoux,

    Je partage pleinement votre avis et apprécie l'attitude que vous avez eue avec vos élèves. Je crois qu'il était nécessaire d'échanger (peu importe la manière d'aborder le sujet...) avec les enfants sur ce qui s'était passé. Les enfants ont besoin de cela pour être rassurés. N'est-ce pas là la liberté d'expression?

    Cordialement.

    Mme Aubert (maman de Mathéo A.)

     

    3
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 13:02

    Vous n'avez pas fait la minute de silence, certes, mais vous avez montré votre compassion d'une autre façon qui a été de faire faire des dessins aux élèves afin de montrer que la liberté était aussi celle de rire, et ça c'est plus représentatif qu'une minute de silence, car ces dessins n'ont pas été fait qu'en une minute, et l'hommage a été fait de cette façon, pour cela je vous félicite et vous dis merci pour cette initiative.

    Merci à vous pour ce que vous faites avec nos enfants.

    LAMBERT Irène (maman de Néhémy)

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